Festpredigt zum Refugefest 2025 (Französisch)
OKR Dr. Patrick Roger Schnabel

« Autant que cela dépend de vous, vivez en paix avec tous les hommes. » (Romains 12,18)

Chers fidèles, chers voisins ici au Gendarmenmarkt, chers frères et sœurs,

Un jour de fête est un jour de joie. Avec le Refugefest, nous célébrons le souvenir de ce moment où un groupe de chrétiennes et de chrétiens, persécutés pour leur foi, trouvèrent refuge parmi nous – non seulement un abri, mais une protection, une nouvelle patrie, de nouvelles perspectives, et surtout, enfin, la liberté de confesser leur foi !

L’église française de la Friedrichstadt est, au meilleur sens du terme, un monument : « Souvenez-vous des débuts qui font partie de notre histoire et de notre identité ! » « Réfléchissez à ce qu’ils nous enseignent pour notre vie et notre société aujourd’hui ! »

Car l’histoire nous parle aussi du présent : aujourd’hui encore, des femmes et des hommes fuient vers nous, cherchant sécurité, dignité, foyer et avenir. Et une fois de plus, cela nous met au défi – en tant que société, en tant qu’Église, en tant qu’individus. Le Refugefest n’est donc pas une simple commémoration historique. C’est l’occasion de nous demander comment, à partir de l’exemple historique de tolérance, peut naître aujourd’hui une culture de la diversité assumée – et ce que cela implique pour notre foi chrétienne.

Certains pourraient objecter : peut-on vraiment comparer ces époques ? Oui, à condition de ne pas les confondre. « On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve », disait Héraclite. L’eau et les courants changent.

Pourtant, les schémas du comportement humain restent étrangement constants : courage et peur, générosité et jalousie, confiance et méfiance traversent les siècles. Bien sûr, il y a un progrès social. Mais Freud et Fritz Bauer nous ont rappelé que le vernis de la civilisation est mince, et que le tissu social peut se déchirer rapidement. Les sociétés apprennent difficilement de leur histoire.

Cela peut sembler décourageant. Où en serait l’humanité si elle n’avait jamais répété les mêmes erreurs ? Si chaque génération tirait toujours les bonnes leçons des échecs de ses aînés ? Si les acquis historiques n’étaient jamais remis en question ?

Mais selon la perspective réformée, nous sommes simul iustus et peccator, à la fois justes et pécheurs. En chacun de nous s’affrontent les forces de l’orgueil et celles de l’amour. Ce qui vaut pour l’individu vaut aussi pour nos sociétés : appelées à la rédemption, elles restent imparfaites, dans un monde où le règne de Dieu commence déjà, sans jamais atteindre sa pleine manifestation.

Cette vision nous conduit à une conviction essentielle : chaque personne et chaque génération porte une responsabilité inaliénable – celle de façonner sa vie et la coexistence avec autrui, de manière à minimiser conflits et souffrances, et à maximiser justice et paix.

1. Retour sur l’accueil des huguenots

Lorsque l’électeur Frédéric-Guillaume promulgua l’édit de Potsdam en 1685, ce fut à la fois un acte de conviction religieuse et de sagesse politique. Dans un pays affaibli par les guerres et les épidémies, il vit l’opportunité d’accueillir des huguenots instruits, économiquement compétents et pieux. L’édit alliait ainsi humanité et stratégie : la miséricorde se conjuguait avec une gouvernance visionnaire pour le Brandebourg-Prusse.

La population locale, elle, ne fut pas consultée. Les récits de l’époque montrent toute la gamme des réactions que nous connaissons aussi aujourd’hui – de l’hospitalité sincère à la jalousie, voire au rejet. L’intégration ne fut pas immédiate, mais un processus long et intergénérationnel.

Un exemple frappant : les statistiques matrimoniales. Les registres paroissiaux montrent qu’il fallut cinq générations avant que la majorité des filles n’épousent des hommes de la population locale. Pas plus longtemps, d’ailleurs, qu’en Angleterre, où les huguenots ne bénéficiaient d’aucun privilège – pas d’écoles, de tribunaux ou d’églises propres ! – et où la pression à l’assimilation était bien plus forte. En termes concrets : quelles que soient les conditions, c’est avec le temps et la patience que les familles s’entremêlent et que les identités se lient.

Certes, en 1685, plusieurs facteurs favorisèrent l’intégration : l’engagement clair du prince-électeur, des fondements communs dans la foi réformée, et une insertion rapide dans la vie économique. Pourtant, l’intégration resta un processus vivant, à construire et à vivre, et non un décret à imposer.

2. Présent : migration, intégration, responsabilité

Aujourd’hui, les réalités sont différentes : les personnes qui arrivent viennent de régions et de traditions religieuses variées. Leur accueil suit des procédures légales, et non un acte de grâce princière. La population est consultée, car elle est devenue un électorat dont les réactions sont scrutées politiquement. Et celles-ci oscillent à nouveau entre ouverture et sentiment de dépassement, entre culture de l’accueil et réflexes de rejet. Si, en 2015, l’attitude générale était plutôt positive, le scepticisme semble aujourd’hui plus marqué, même si – et c’est une bonne nouvelle – les sondages ne révèlent pas de rejet général de la migration en tant que telle.

Un regard sur les chiffres permet de relativiser : les huguenots représentaient environ 2 % de la population de l’époque ; les personnes réfugiées depuis 2015 en représentent environ 3,5 %. Le défi démographique n’est donc pas fondamentalement plus grand.

Et comme autrefois, l’accueil de l’étranger n’est pas seulement un impératif moral, mais une nécessité sociale. Malgré une immigration élevée, le bilan démographique reste négatif. Chaque année, des centaines de milliers de personnes partent chercher leur avenir ailleurs, encore plus prennent leur retraite, et les décès dépassent les naissances. Sans immigration, le vieillissement de notre société ne pourra être enrayé, avec des conséquences majeures pour le pacte intergénérationnel. L’immigration détermine en grande partie si notre société restera socialement juste, économiquement stable et humainement ouverte.

La plupart des citoyens en ont conscience – y compris ceux qui réclament des ajustements dans la politique migratoire.

3. Approfondissement théologique : foi, œuvres et responsabilité

Pour nous, chrétiens, l’impulsion humanitaire est encore plus importante que les considérations utilitaristes. L’Évangile selon Matthieu, où se trouvent aussi les Béatitudes que nous venons d’entendre, établit sans cesse l’action comme mesure d’une vie agréable à Dieu : « J’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’étais étranger, et vous m’avez accueilli. » (Matthieu 25,35)

Nous venons de célébrer la fête de la Réforme. Prenons cela comme une occasion de situer théologiquement ce message de l’Évangile selon Matthieu. Car Luther, Zwingli et Calvin ont interprété ces commandements avec des nuances différentes. Luther rejetait une justice par les œuvres, qui pourrait tenter l’homme de s’auto-racheter. Les bonnes œuvres sont aussi pour lui des fruits de la foi, mais ne doivent pas devenir une obsession. Zwingli et Calvin, eux, tout en rejetant une auto-justification par les œuvres, en soulignaient davantage l’importance : signes nécessaires de la foi, expression d’un renouveau intérieur qui doit avoir un impact social.

La théologie réformée en a développé une grande dynamique sociale : la foi ne reste jamais privée, elle veut transformer le monde, l’organiser, le marquer – en témoignage de la responsabilité devant Dieu. La charité active n’est pas un accessoire : elle manifeste une foi qui veut être visible dans les actes et audible dans la parole.

Dans ce contexte, nous entendons la parole de Paul : « Prenez soin des besoins des saints ; pratiquez l’hospitalité. » (Romains 12,13) L’édit de Potsdam, au-delà des calculs politiques, fut un tel acte d’hospitalité. Mais l’exigence de Jésus va plus loin, dépasse les « saints » : l’hospitalité s’adresse à tous ceux qui deviennent notre prochain par leur détresse – y compris les non-croyants. Et le Bon Samaritain, précisément un étranger, est même sa figure centrale pour ceux qui accomplissent exemplairement la volonté de Dieu.

4. De la tolérance à la diversité assumée

Un étranger ! Jésus l’a choisi délibérément comme provocation. C’est ce que ses auditeurs devaient supporter. Bien sûr, au début, il y a la tolérance. Tolerare signifie « supporter, endurer ». Supporter la différence de l’autre est une condition essentielle pour un vivre-ensemble pacifique. Elle empêche que la diversité ne dégénère en conflit. Mais elle reste passive. Pour une paix sociale véritable, il faut plus : une gestion active de la diversité. Car la paix, le shalom biblique, n’est pas seulement l’absence de conflits, mais une coexistence orientée vers les besoins profonds et existentiels de chacun et de tous.

Assumer la diversité signifie donc reconnaître les différences comme une richesse. Cela exige des espaces où des personnes de convictions différentes peuvent se rencontrer et apprendre les unes des autres. Cela signifie préserver son identité tout en renforçant ce qui nous unit.

Nous avons de la chance : notre Constitution offre ce cadre, né de l’expérience historique des divisions, des persécutions et des guerres. Elle protège la liberté de foi sans privilégier un groupe. Elle fait confiance aux personnes « de bonne volonté » qui, avec celles qui pensent comme elles ou différemment, assument ensemble la responsabilité d’une société qui est le foyer de tous. Elle invite à participer, à prendre des responsabilités. Elle conçoit la société non comme un monolithe, mais comme un tissu social qui, ensemble, est plus que la somme de ses parties.

Nous, chrétiennes et chrétiens, voulons assumer cette responsabilité, avec en tête la parole de Paul : « Autant que cela dépend de vous, vivez en paix avec tous les hommes. » (Romains 12,18) Nous savons que la paix n’est pas un état, mais une tâche quotidienne. Elle exige de renoncer à l’auto-justification, de faire preuve de patience dans l’écoute et de courage dans le compromis. Elle demande des paroles et des actes.

Elle exige aussi, comme le souligne l’insertion remarquable « autant que cela dépend de vous », la réciprocité. La paix est toujours un processus relationnel. Je peux aimer mes ennemis, renoncer à la vengeance, prier pour eux, mais je ne peux pas vivre en paix avec eux tant qu’ils laissent libre cours à leur haine. La paix sociale exige donc aussi des ordres qui la garantissent. La société ouverte doit fixer des limites à ceux qui menacent sa liberté.

5. Présent et mission

Les menaces contre la société ouverte viennent de l’extérieur comme de l’intérieur. Elles ont de nombreux visages : fanatisme religieux, extrémisme politique, ségrégation sociale et simple indifférence envers ce que nous avons à perdre. La société doit apprendre à tirer les leçons de son histoire !

Plus préoccupante encore que la menace des fondamentalismes religieux me semble celle d’une nouvelle idéologie séculariste. Il ne s’agit plus, comme dans le sécularisme classique, de se libérer de la domination religieuse et du pouvoir ecclésiastique, mais de promouvoir activement une inversion des valeurs religieuses : la force plutôt que le droit, l’intérêt personnel plutôt que la responsabilité, l’individualisme plutôt que la considération d’autrui. La politique de Trump et de tous ceux qui placent leurs intérêts « first », sans aucune honte, même lorsqu’ils se parent d’un vernis religieux, est un symptôme frappant de cette vision profondément mondaine.

C’est précisément pourquoi il faut des femmes et des hommes convaincus, croyants et démocrates, qui montrent par leurs actes que l’humanité est une vertu porteuse. Nous, chrétiens, sommes appelés à apporter notre foi – non de manière exclusive ou triomphaliste, mais comme contribution à une diversité assumée.

Il s’agit aussi de nous assurer de notre propre identité. Non pas pour nous isoler, mais pour nous engager avec notre identité propre, tournée vers Dieu, en tant qu’Église du Christ, et non comme une ONG : dans une société qui n’est plus chrétienne par défaut, mais dont l’humanité est largement façonnée par l’engagement personnel de tant de chrétiennes et de chrétiens et par la présence institutionnelle de l’Église, de la Caritas et de la Diaconie.

Face aux attaques et aux polarisations, la tentation est grande de se replier dans sa niche culturelle ou religieuse. Mais la société ouverte n’est pas menacée par la diversité, mais par ceux qui la rejettent. C’est là où la diversité est acceptée et assumée que la paix grandit. Là où nous voyons dans notre prochain étranger le visage de Dieu et Ses besoins, le lien social et le bien commun prospèrent.

Ici, en ce lieu, nous pouvons dire avec gratitude : on peut préserver son identité, sa langue et sa confession pendant des siècles – et pourtant, pleinement appartenir.

Portons donc aujourd’hui la mission de l’édit de Potsdam : confesser librement notre foi, assumer la diversité, instaurer la paix. Et face à ceux qui méprisent ces valeurs, ne nous mettons pas en colère, mais restons fidèles à la parole de Paul : « Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais surmonte le mal par le bien. » (Romains 12,21).

Amen.